• Emilie BELLANGER

#ChallengeAZ - O comme OPPORTUNE

Le #ChallengeAZ a débuté le 1er novembre. Le but est de publier un article de généalogie par jour de la lettre A à la lettre Z. Cette année, pour la première fois, je vais tenter de relever le défi !

Selon un article lu dans le Maine Libre, il y a quelques années : "OPPORTUNE est un patronyme dérivé d'un prénom de baptême porté par une abbesse du couvent de Montreuil, née vers 720 et morte à Montreuil-au-Houlme vers 770. Elle est très vénérée par le Parisiens. Ce nom est peu répandu dans nos régions sous l'ancien régime."


OPPORTUNE est mon patronyme de naissance. Celui-ci est entouré de mystère... dont je soulève le voile peu à peu. Ce fut le premier blocage dans ma généalogie débutée il y a 20 ans. Vous allez comprendre !


En remontant mon arbre, je suis arrivé à mon arrière-arrière-grand-père paternel Anselme OPPORTUNE dont l'acte de mariage précise qu'il est né de père et mère inconnus à Paris en 1857 et qu'il a été admis à l'hospice des enfants assistés de la Seine. L'acte de mariage indique également qu'il a produit un certificat de naissance en bonne et due forme, et qu'il a été fait un contrat de mariage. J'ai donc commencé par rechercher son acte de naissance aux archives départementales de Paris.


Premier écueil, de nombreuses archives parisiennes ont brûlées en mai 1871. On peut lire sur le site des Archives Départementales de Paris que "les Archives de La Seine sont installées à partir de 1803 à l'hôtel de ville, puis en 1860, dans une annexe avenue Victoria. Les incendies provoqués par les Communards en mai 1871 ont eu des conséquences désastreuses pour les archives parisiennes : outre les actes paroissiaux, les registres d’état civil, les documents résultant de l’activité des corporations parisiennes, des communautés religieuses, des fabriques des paroisses parisiennes, mais aussi les documents qui existaient au palais de justice, lui aussi incendié, ont tous été réduit en cendres."

Heureusement, "l'état civil parisien antérieur à 1860, a été reconstitué, mais en partie seulement. Sur les 8 millions d’actes perdus, seul un tiers a en effet été rétabli. Ces actes concernent pour l’essentiel le XIXe siècle. Une seconde reconstitution ainsi que d’autres sources annexes sont disponibles en salle de lecture."

Par chance, l'acte de naissance de mon arrière-arrière-grand-père figure dans l'état-civil reconstitué. Je n'ai donc pas encore fait le grand saut dans la seconde reconstitution, mais je n'écarte pas cette possibilité.


Second écueil, je constate sur l'acte d'état-civil reconstitué que le patronyme est ANSELME et le prénom Opportune. Énorme surprise ! S'agit-il d'une confusion lors de la reconstitution ?

Je m'interroge car le prénom Opportune est féminin, il ne peut donc pas être attribué à mon aïeul masculin... Serait-ce un prénom mixte ?


Je décide de suivre une autre piste en espérant qu'elle me conduise aux informations que je souhaite. Revenons donc au fait qu'il a été admis à l'hospice des enfants assistés de la Seine... Je me dis qu'il doit bien y avoir un registre des admissions. Vais-je le retrouver ? Va-t-il corroborer l'identité de l'état-civil reconstitué ?

Pour faire bref, il y a bien un registre des admissions, je l'ai bien retrouvé et il confirme bien l'identité établit par l'acte de naissance reconstitué. J'y apprends que l'admission à eu lieu le 21 avril 1857. Or, la date de naissance figurant sur l'acte de naissance reconstitué est le 18 avril 1857. Est-ce une estimation ?

Je découvre par ailleurs que plusieurs dizaines d'enfants sont nommés ainsi avec le patronyme "Anselme" et le prénom "Opportune" (plus d'une vingtaine... je souligne l'extrême imagination de l'hospice !). Souhaitant vérifier ma théorie d'un prénom Opportune uniquement féminin et non mixte, j'ai vérifié un par un tous les actes de naissance des enfants assistés portant cette identité (heureusement tous nés après 1859 - état-civil complet). Tous ces autres enfants sont... de sexe féminin. Je découvre dans ces multiples actes que les dates de naissance sont effectivement déterminées suite à l'estimation de l'âge de l'enfant par un examen médical, y sont décrits les effets accompagnants l'enfant et une information sur les parents. Bien souvent l'enfant est dit avoir été déposé par une personne qui n'a pu être reconnue.

Revenant à l'acte de naissance reconstitué de mon aïeul, je relève qu'il n'y figurent que les nom, prénom et date de naissance. Quant au sexe de l'enfant, il n'est pas indiqué. Serait-ce une piste ? Que s'est-il donc passé pour mon aïeul ? Les pires scénarios me passent par la tête...! Serais-je face à une usurpation d'identité ?


Je n'ai pas oublié que l'acte de mariage contient une autre information d'importance. Il y a eu un contrat de mariage ! Puis-je le retrouver ? Je sais qu'aux Archives Départementales de la Sarthe, il y a un fonds notarial. Alors, avec un peu de chance...

Le contrat de mariage a été rédigé par Maître Gruau, notaire à Vancé. Les notaires ont l'obligation de déposer aux Archives Départementales, leurs fonds de plus de 100 ans.


Troisième écueil, malheureusement pour moi, Maître Gruau ou ses successeurs n'ont pas satisfait à cette obligation. Ou alors le fonds d'archives de Maître Gruau n'est pas répertorié sous son nom. Il était fréquent que les notaires aient un associé. Peut-être que l'acte qui m'intéresse se trouve dans le fonds correspondant... Cependant, je n'ai pas encore retrouvé la trace d'un associé. Le contrat de mariage est peut-être toujours présent à l'étude notarial dans les archives des successeurs de Maître Gruau... Je n'ai pas encore exploré cette piste, cela fait partie de mes projets de recherches.


Y a-t-il une piste en suspend ? Eh bien oui !

Si je relis l'acte de mariage, il est bien noté que mon arrière-arrière-grand-père a fourni un justificatif de naissance. Je reste très intriguée par le prénom Opportune uniquement féminin attribué à un garçon. Le patronyme était bien ANSELME au moment de la naissance et il est bien OPPORTUNE au moment du mariage. A quel moment, le changement est-il intervenu ?

J'ai récemment lu sur un forum que des ancêtres masculins avaient été déclarés de sexe féminin à la naissance par erreur et inversement d'ailleurs. Ceci posant problème au moment du mariage, un jugement était nécessaire pour la rectification de l'acte de naissance. La loi de l'époque n'autorisant pas les mariages entre personnes de même sexe, c'est souvent ainsi que les personnes concernées découvraient l'erreur. Ces histoires m'ont interpellée ! Et si c'était l'explication logique pour le cas de mon arrière-arrière-grand-père ?


Je suis donc partie à la recherche d'un jugement de rectification... J'ai commencé à rechercher en 1880, l'année du mariage, dans le fonds judiciaires des Archives du 3e arrondissement de Paris, lieu de la naissance en 1857. Et je l'ai vite trouvé en fait ! Je ne vais pas vous le cacher, j'en ai pleuré d'émotions. A la lecture du jugement, j'apprends que la demande de rectification concerne le sexe déclaré, et que la demande est validée par le Tribunal Civil de Première Instance en Chambre du Conseil avec effet de rectification immédiate. Je suis cependant surprise que ne soit pas évoqué l'inversement des patronyme et prénom. Est-ce induit par le changement de sexe ?


Toujours est-il que les mystères s'éclaircissent peu à peu ! Je ne pourrais sans doute jamais connaître les ascendants de cet aïeul. Mais son histoire est de plus en plus claire. Vous pourriez vous demander de quelle manière il est arrivé en Sarthe. Je me le suis aussi demandé et c'est un point qui mériterait d'être approfondit. Il s'avère que de nombreux enfants trouvés ou abandonnés à Paris, et de ce fait admis à l'hospice des enfants assistés de la Seine, ont été placés en Province. Le placement a d'abord lieu chez une mère nourricière (nourrice) pour la survit de l'enfant qui est souvent un nouveau-né. Puis le placement se poursuit sur une exploitation agricole afin que l'enfant assisté en âge de travailler puisse être logé, nourrit et blanchit en échange de son aide aux cultures.

Je suppose donc que mon aïeul a dû être placé en Sarthe sur la commune de Montreuil-le-Henri où il a fait sa vie. Pour en avoir confirmation, il faudrait que je puisse consulter le livret de placement de cet enfant assisté. Il est censé être indexé au contrat de mariage. Alors un jour peut-être aurais-je la chance de lire son histoire depuis le début.


En conclusion, je n'ai pas tort de considérer cet aïeul comme le premier de ma lignée paternelle. Il est plus que probable de ne jamais retrouver la trace de ses parents. Mon patronyme de naissance, aurait sans doute été bien différent s'il n'y avait pas eu cette erreur de sexe lors de l'établissement de l'acte de naissance après l'admission à l'hospice...


Je sais aujourd'hui que ce n'est pas grave. Cet aïeul a tracé sa route, son chemin jusqu'à nous ses descendants. Sans doute que la vie fut difficile pour lui. Je perçois très nettement la transmission transgénérationnel de la peur de l'abandon. Je vois maintenant en ce patronyme une opportunité.


Je n'abandonne pas les recherches sur la vie d'Anselme. J'épluche actuellement les listes de recensement de population pour retracer sa vie familiale. Je suis partie de ce que je sais, à savoir son mariage. Et je suis d'abord descendue d'année en année pour retrouver tous ses enfants. Même si j'ai retrouvé tous ses enfants, je continue de descendre. Curieux me direz-vous ! Je souhaite ainsi découvrir l'estimation de son année de décès. Car c'est également, un acte qui me fait défaut le concernant. L'étape suivante sera de repartir en arrière pour trouver la date de son arrivée en Sarthe et la famille qui l'a accueillit, recueillit. Comment a-t-il rencontré son épouse, mon arrière-arrière-grand-mère ?

Il me restera alors à partir à la recherche du contrat de mariage, du dossier de placement et pourquoi pas d'effectuer des recoupements avec les déclarations d'accouchement à Paris en avril 1857 afin de retrouver une mère biologique.


Vous l'aurez compris cette histoire n'est pas finie !


En attendant, je vous donne rendez-vous demain pour découvrir la lettre P

de mon #ChallengeAZ !


Sources : Archives de Paris, Archives Départementales de la Sarthe, www.histoire-genealogie.com, Le Maine Libre.



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